Au Sénégal, le climat répressif envers l'homosexualité se durcit

Alors que des arrestations dans la communauté LGBT+ sont rapportées presque quotidiennement, le Sénégal, pays majoritairement musulman et très pratiquant, envisage de durcir les peines pour les personnes accusées d'"actes contre nature", terme désignant les relations entre personnes de même sexe. Un climat qui pousse certains à l'exil.

Au Sénégal, le climat répressif envers l'homosexualité se durcit
Au Sénégal, le climat répressif envers l'homosexualité se durcit | france24.com

Alors que des arrestations dans la communauté LGBT+ sont rapportées presque quotidiennement, le Sénégal, pays majoritairement musulman et très pratiquant, envisage de durcir les peines pour les personnes accusées d'"actes contre nature", terme désignant les relations entre personnes de même sexe. Un climat qui pousse certains à l'exil. Publié le : 25/02/2026 - 16:39 Pour afficher ce contenu YouTube, il est nécessaire d'autoriser les cookies de mesure d'audience et de publicité. Une extension de votre navigateur semble bloquer le chargement du lecteur vidéo. Pour pouvoir regarder ce contenu, vous devez la désactiver ou la désinstaller. Les ONG de défense des droits humains sont de plus en plus inquiètes. Arrestations en série, projet de loi pour doubler les peines encourues, discours incendiaires sur les réseaux sociaux : au Sénégal, l'intensification du climat répressif envers l'homosexualité pousse des personnes LGBT+ à envisager l'exil. Régulièrement brandi dans ce pays ouest-africain majoritairement musulman et très pratiquant, le sujet de l'homosexualité est devenu incandescent ces dernières semaines depuis l'arrestation début février de 12 hommes, dont deux célébrités locales, accusées d'"actes contre nature", terme désignant les relations entre personnes de même sexe. Depuis, de nouvelles arrestations en série – au moins une trentaine, selon les médias locaux – menées sur la base de dénonciations et de fouilles des téléphones, sont rapportées presque quotidiennement, et les noms des personnes interpellées sont divulgués publiquement. Certaines d'entre elles sont notamment accusées d'avoir transmis volontairement le sida, alimentant des débats virulents contre l'homosexualité. Très médiatisées, ces arrestations font les choux gras de la presse, ce qui a poussé le Cored – organe de régulation déontologique des médias au Sénégal – à publier un communiqué de rappel à l'ordre pour le respect de la "dignité humaine" et de la "vie privée des individus". "Grande lessive à homo", "Les bisexuels, des dangers ambulants", "La traque s'intensifie" : chaque jour apporte son lot de unes sur ce sujet. "Même au Sénégal, c'est du jamais-vu. Ce qu'ils sont en train de faire, c'est du lynchage public", estime auprès de l'AFP un défenseur des droits humains s'exprimant sous couvert d'anonymat. Il évoque le "traumatisme" des personnes LGBT+ depuis les vagues d'arrestations de ces dernières semaines : "Les personnes se cachent, elles se terrent beaucoup plus qu'avant." La question agite également les réseaux sociaux où les commentaires incendiaires se multiplient et des vidéos montrent des agressions de personnes soupçonnées d'être homosexuelles. Sur l'une d'elles, qui n'a pas pu être authentifiée par l'AFP, on peut voir un homme accusé d'être homosexuel se faire frapper par un groupe. Dans ce contexte, le gouvernement a transmis lundi 23 février à l'Assemblée un projet de loi visant à doubler les peines réprimant les relations homosexuelles. Si la loi est adoptée, celles-ci seront désormais passibles de cinq à dix ans d'emprisonnement. Le texte prévoit également de punir de trois à sept ans d'emprisonnement "toute personne qui fait l'apologie" de l'homosexualité. Promesse de longue date du camp au pouvoir, la question de la répression de l'homosexualité est porteuse politiquement dans ce pays où elle est largement considérée comme une déviance. Depuis plusieurs années, des associations religieuses très influentes réclament la "criminalisation" de l'homosexualité. Le climat est devenu insupportable pour les personnes LGBT+ dans le pays, selon les militants contactés par l'AFP, en raison des discriminations à l'égard de la communauté. "On continue d'aider des personnes à aller vers la Gambie", pays voisin, affirme le défenseur des droits humains, dénonçant une "situation dramatique" au Sénégal. L'ampleur de ces départs est difficile à quantifier en raison de la clandestinité de ces projets, mais l'association Stop homophobie affirme avoir reçu 18 demandes d'aide à quitter le Sénégal ces derniers jours. Cette association basée à Paris, qui aide régulièrement des Sénégalais victimes de discrimination dans leur pays, constate une augmentation des demandes d'aide en provenance du Sénégal. "Certains évoquent des violences, des menaces, des expulsions familiales. Tous ont peur d'être arrêtés et beaucoup craignent pour les atteintes à leur vie privée", souligne Terrence Khatchadourian, secrétaire général de cette association. "Les éléments liés à la présence du VIH comme preuve à charge, ça a des conséquences graves en matière de santé publique en décourageant le dépistage et l'accès aux soins", souligne-t-il. Rares sont les organismes à dénoncer la situation depuis le Sénégal, où la défense des droits des homosexuels est perçue comme une valeur occidentale incompatible avec les siennes. Dans une interview accordée au journal sénégalais L'Observateur, Denis Ndour, nouveau président de la Ligue sénégalaise des droits de l'Homme, dit soutenir un durcissement des peines et qualifie les personnes homosexuelles de "malades". Selon lui, "extérioriser l'homosexualité ne peut être accepté", par respect des "normes" locales. "Quelle que soit la position culturelle ou religieuse d'un pays, la protection contre la violence et l'humiliation, c'est un principe universel", estime de son côté Marame Kane, experte franco-sénégalaise en plaidoyer sur les questions LGBT+ et féministes. Depuis 2021, le Sénégal n'est plus considéré comme un pays sûr par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), en raison des risques liés à l'orientation sexuelle. Boubacar* a dû fuir le Sénégal il y a cinq mois quand sa famille a découvert son homosexualité et l'a chassé du domicile familial. Certains de ses amis cherchent aussi à quitter le pays, raconte-t-il à l'AFP. Ceux qui n'ont pas les moyens, "la seule chose qu'ils peuvent faire, c'est de voir la mort qui vient et attendre". * Le prénom a été modifié afin de préserver l'anonymat de la personne. Avec AFP