Des destroyers américains auraient franchi le détroit d’Ormuz samedi pour des opérations de déminage, selon Washington. Une version fermement démentie par Téhéran. Ces tensions surviennent en pleine négociations inédites au Pakistan entre États-Unis et Iran, où la question stratégique du détroit reste centrale. Publié le : 11/04/2026 - 22:52Modifié le : 11/04/2026 - 23:11 L'armée américaine a affirmé, samedi 11 avril, que deux de ses destroyers avaient franchi samedi le détroit d'Ormuz afin d'entreprendre les opérations de déminage de cette voie maritime stratégique contrôlée par l'Iran, des affirmations démenties par Téhéran, en pleins pourparlers entre les deux pays au Pakistan. Les deux navires ont opéré dans le cadre "d'une mission plus large visant à s'assurer que le détroit est entièrement débarrassé des mines marines précédemment posées par les Gardiens de la Révolution iraniens", a déclaré le commandement militaire américain pour le Moyen-Orient (Centcom), dans un communiqué sur X. Des affirmations "fortement rejetées" par le porte-parole des forces armées iraniennes, Ebrahim Zolfaghari, cité par la télévision d'État. "La décision concernant le passage de n'importe quel navire (dans le détroit d'Ormuz) revient aux forces armées de la République islamique d'Iran", a-t-il assuré. L'annonce du Centcom est intervenue au début des pourparlers de paix entre les États-Unis et l'Iran au Pakistan, lors desquels la question du trafic dans le détroit tient une place importante. Le président américain Donald Trump avait auparavant annoncé sur son réseau Truth Social que la marine américaine avait coulé tous les navires iraniens poseurs de bombes et commencé une opération pour libérer le détroit d'Ormuz, bloqué de facto par Téhéran depuis le début des frappes israélo-américaines sur l'Iran le 28 février dernier. Le média iranien d'État Nournews avait qualifié cette annonce de "fausse information" alors que la télévision d'État arguait qu'aucun navire américain n'avait transité à travers le détroit d'Ormuz. Dans le même temps des délégations américaine et iranienne ont mené des négociations directes pour la première fois depuis 1979 à Islamabad, au Pakistan, pour mettre fin à un conflit de six semaines. Les deux pays mènent des discussions à plus haut niveau pour la première fois depuis la révolution islamique à Téhéran en 1979 et des premiers pourparlers directs depuis 2015 et la conclusion d'un accord multilatéral sur le programme nucléaire iranien. Dès le début des entretiens, des divergences sont apparues, le détroit d'Ormuz représentant un des principaux "points de désaccord" entre Téhéran et Washington, selon l'agence de presse iranienne Tasnim. La délégation américaine au Pakistan est menée par le vice-président américain, JD Vance, le gendre de Donald Trump, Jared Kushner, et l'émissaire du président américain Steve Witkoff. La délégation iranienne, représentée par le président du parlement iranien, Mohammad Baqer Qalibaf, et le ministre des Affaires étrangères, Abbas Araqchi, est arrivée dès vendredi dans la capitale pakistanaise, ses membres étant vêtus de noir en signe de deuil à la suite de la mort du guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, tué au premier jour de la guerre. Certains portaient des sacs et des chaussures de certains écoliers tués par une attaque américaine sur une école située près d'un complexe militaire, selon le gouvernement iranien. Le chef de l'armée pakistanaise faisait également partie de la réunion, a-t-on appris d'une source pakistanaise. En soirée, la télévision d'État iranienne a affirmé que deux sessions s'étaient déroulées et qu'une troisième se tiendrait "probablement ce soir ou demain" dimanche, sans davantage d'éléments sur le fond. La Maison Blanche a parlé de pourparlers "en cours". Un responsable pakistanais a assuré que "les pourparlers progressent dans la bonne direction". "L'ambiance générale est cordiale", a-t-il précisé à l'AFP sous couvert d'anonymat. Aucune image des discussions n'a cependant été diffusée. Une autre source pakistanaise ayant connaissance de la teneur des discussions à Islamabad a fait état de "ton changeant" entre les deux parties. "Nous négocierons avec notre doigt sur la gâchette", a déclaré le porte-parole du gouvernement iranien Fatemeh Mohajerani à la télévision d'État. "Si nous sommes ouverts à la discussion, nous sommes également conscients du manque de confiance, donc l'équipe diplomatique iranienne entre dans ce processus avec la plus grande prudence." Le pape Léon XIV a appelé quant à lui les dirigeants mondiaux à mettre fin à la "folie de la guerre". Plus tôt, une source iranienne de haut rang a déclaré samedi que les États-Unis avaient accepté de débloquer des avoirs iraniens gelés au Qatar et dans des banques d'autres pays étrangers. Un tel geste, qualifié de gage de "sérieux" en vue de discussions directes, serait "directement lié" au fait de permettre une réouverture du détroit d'Ormuz, a dit cette source. Un dirigeant américain a cependant démenti cette information. Le ministère des Affaires étrangères du Qatar n'a pas répondu dans l'immédiat à une demande de commentaire sur les avoirs iraniens gelés. À voir aussiBahareh Akrami : "dans les négociations, on parle d'Ormuz, mais pas de la population iranienne" Pour atteindre un accord, Téhéran exige des réparations de guerre ainsi que le contrôle du détroit d'Ormuz et l'instauration d'un droit de péage dans ce carrefour maritime par lequel transitent 20 % des exportations mondiales de pétrole et de gaz naturel liquéfié (GNL). Trois superpétroliers ont transité à travers le détroit d'Ormuz samedi, selon des données maritimes, pour la première fois depuis l'annonce de cessez-le-feu. L'Iran réclame aussi un cessez-le-feu au Liban avant de négocier avec les États-Unis, alors que la campagne israélienne contre le Hezbollah libanais, allié de Téhéran, a fait près de 2 000 morts dans ce pays depuis début mars. Mohammad Baqer Qalibaf a déclaré sur X que les discussions ne pourraient pas débuter tant que ces deux conditions ne seraient pas remplies. Les États-Unis et Israël ont affirmé que le Liban n'était pas inclus dans le cessez-le-feu de deux semaines annoncé mardi pour l'Iran. Parallèlement au ballet diplomatique engagé au Pakistan - où la délégation iranienne devrait aborder les violations du cessez-le-feu par l'armée israélienne au Liban, selon la télévision iranienne - Israël et le Liban avaient annoncé qu'ils discuteraient directement mardi à Washington même si le flou demeure sur l'ordre du jour. Toutefois Israël a poursuivi ses frappes sur le sud du Liban samedi matin, ont rapporté les médias libanais. Ces frappes israéliennes sur le sud du Liban ont tué 18 personnes au total, selon le ministère de la Santé, tandis que l'armée israélienne a annoncé avoir frappé, au cours des dernières 24 heures, plus de 200 cibles du Hezbollah. Des journalistes de Reuters ont entendu un drone de surveillance israélien voler pendant plusieurs heures au-dessus de Beyrouth depuis vendredi soir et des avions de chasse franchir à deux reprises le mur du son dans le ciel de la capitale libanaise. Le feu israélien a fait 2 020 morts, dont 85 enfants, près de 250 femmes et 85 médecins depuis le 2 mars. Le Hezbollah a annoncé avoir mené samedi plusieurs opérations militaires contre des positions israéliennes dans le territoire libanais ainsi que dans le nord de l'État hébreu. Avec Reuters et AFP
Le détroit d'Ormuz, pierre d'achoppement des négociations directes entre Iran et États-Unis
Des destroyers américains auraient franchi le détroit d’Ormuz samedi pour des opérations de déminage, selon Washington. Une version fermement démentie par Téhéran. Ces tensions surviennent en pleine négociations inédites au Pakistan entre États-Unis et Iran, où la question stratégique du détroit reste centrale.